Mon baptême du vol onirique

Il y avait ce rêve, un matin, qui m’empêche de dormir, ce soir.

Il y avait une vieille voiture des années 1980 et Claudia. Je crois que nous la chargeons et que nous devions aller en voyage tous les deux, seuls, et que cette perspective me plaisait, Claudia étant une fille désirable – enfin, pas non plus de grande importance – que je n’ai jamais eue. Finalement, elle m’apprenait avec toute la malice dont les femmes sont capables, que nous devions être accompagnés et j’en ressentais de la frustration en même temps que de la trahison. Nous allions à un hôtel très chic, quelques mètres plus loin où se trouvait Javiera, une autre femme désirée, un peu, pas tant que ça, mais jamais eue non plus.1 Nous entrons dans l’hôtel avec nos bagages déjà sortis de la voiture.

Mais je ressors très vite, seul. La rue dans laquelle se trouve l’hôtel est baignée de soleil, large, pavée, une vieille rue parisienne et sa largeur hausmanienne, mais longue et zigzaguante de sorte que je n’en vois pas le bout. En plus, elle est toute pixelisée, comme si j’étais dans un jeu vidéo, un vieux jeu vidéo des années 1990 aux textures grossières. J’avance, seul, dans cette rue vide et sans sortie puisque les façades n’en sont que des surfaces de jeux et n’avance nulle part. Puis je fonce dans une des parois et n’arrive plus à me dégager, comme un problème graphique du jeu.

Tout d’un coup, les parois des immeubles se détachent – de grosses plaques de pixels sans épaisseurs, donc – et volent en éclats formés de gros bouts. Je me mets à voler ou être aspiré verticalement. Je plane donc au-dessus de la rue, puis de la ville et tout autour de moi se forme une sorte de cathédrale2 faite d’objets flottants, sortes de blocs de pierres numériques détachés mais sans appui.3 Il me semble entendre une musique sacrée jouée à l’orgue, quelque chose de très similaire à la musique d’Akira, lui aussi des années 1980.

Akira [1988] – dernière scène

J’ai dû m’élever d’un bon kilomètre lorsque je commence à paniquer et me réveille brusquement. Je suis dans le lit et le jour est déjà visible dans la fenêtre de la pièce. Je sens la présence de mon amie de l’époque à mes côtés, mais surtout au-dessus de moi une ombre noire, en forme d’homme presque obèse, qui semble vouloir m’enfoncer un pic. Mon amie dort dos à moi, en position fœtale, avec autour d’elle une autre forme noire qui a épousé la forme de son corps (ou qui est juste derrière elle, dans la même position, disons qu’elles sont presque superposées) et qui semble dormir elle aussi. Mon ombre à moi semblant me vouloir du mal debout sur le lit juste au-dessus de moi, et je commence à me battre avec elle. Je ne sais si elle est gazeuse ou solide. Toujours est-il que je me réveille encore.

Je suis dans le lit et le jour est déjà visible dans la fenêtre de la pièce. Mon amie dort dos à moi, en position fœtale, et tout est identique à mon sas de rêve, les formes noires en moins.

Je lui raconterai mon rêve à son propre réveille et elle rira un peu de moi : « c’est la première fois que tu rêves que tu voles ? » Elle se rit toujours un peu de moi, me dit que je lui prends de l’énergie, du ch’i (氣 ou 气), et m’a récupéré vidé par ma lutte politique.

Oui, c’était la première fois. Le cauchemar dont je me souviens, lorsque j’avais environ dix ans, m’avait été causé par un tunnel, mélange entre la douve médiévale et le colimaçon de parking sous-terrain moderne, dans lequel je dévalais la pente en courant jusqu’à chuter sur les ‘racines’ d’un monstre accroché là, sorte de palourde Gorgone.

Jamais je n’avais volé en rêve, c’était mon baptême du vol intérieur. Jamais je n’avais eu l’impression d’avoir différents niveaux de rêves et le ‘sas’ de rêve avec les ombres sur nous deux était tellement réaliste, que j’ai dû mal à appeler cela du rêve, bien que je me sois ensuite réveillé sans aucune ombre avec nous (de visibles). Cette femme-là avait dû manger un fruit que je me suis interdit.

Photo d’entête : “When You Turned and Blew a Kiss to Me” par Thomas Hawk

Notes

  1. Ou l’ordre des femmes est-il inverse et plus logique ?
  2. Du moins l’atmosphère est mystique, religieuse, extatique.
  3. Les fans de X-Men pourront s’imaginer Magneto volant avec des débris de métal tout autour de lui, qu’il sculpte pour s’en faire une église ou une citadelle autour de lui.
(PdB) Écrit par :