Catégorie : Rencontres

8 février 2014 / Rencontres

Que la marche est bonne pour la santé, voilà une des plus grandes leçons marginales (pour ne pas dire complètement périphériques, inutiles, stupides, anecdotiques, faites de misérables détails qui occultent l’essentiel) que les Métaphysiques d’Aristote m’ont laissées. Et puis cette phrase de Nietzsche : « seules les pensées que l’on…

19 avril 2012 / Chansons francophones

C’est en relisant L’insoutenable légèreté de l’être de Milan Kundera que je me suis rendu compte que cette chanson de Dominique A. aurait pu (pourrait être, dans quel cycle du temps ces deux êtres-là sont-ils pris ?) être chantée à Teresa par Tomas. Il avait donc fallu une série de…

9 février 2011 / Rencontres

(Pour le tableau Composition blanche de Vieira Da Silva)

Le monde finira sans être achevé
Maurice Merleau-Ponty, L’œil et l’esprit, V

A la retombée des vents, au bref moment où le souffle se reprend, au creux de l’action qui précède sa crête, durant l’inspiration où l’archet en l’air s’apprête déjà à aller râper à nouveau la corde, le voile se déchire et découvre un nouvel état du monde, déjà perdu. S’expose et s’érode. Les gens, les murs, les odeurs, tout s’efforce d’être et puis se mélange, résolve son altérité dans l’amas de l’indifférenciation, dans le brassage écumeux d’une loterie à la statistique mal calculée, profondément aléatoire ou dont, peut-être, les règles ont été perdues dans l’enfouissement d’un âge d’or à jamais inexhumé. Et jamais de la cendre le retour du cadavre, et du cadavre le souffle de la vie. L’instant d’hier est fossilisé, rangé, dépouillé de ses vibrations. Pourtant il n’est pas un seul composant charrié de la houle du passé que le présent n’ait pas convié. Mais l’hôte est masqué, il a perdu la conscience de son travestissement, il s’est plu à être ce qui lui avait été suggéré, il s’est fondu dans le moule du nouvel arrangement, il a gratté dans l’ailleurs un petit pan de chez soi… Ainsi, les jeunes filles pleurent des extraits de neiges éternelles redescendues terminer dans un verre d’eau ; les perspectives brisées, orphelines de leur horizon, ont épousé le manège des révolutions ; la droiture d’un jour, à force de courber le dos sous le poids des modes, roule maintenant dans la joie arrondie de ne plus souffrir des angles ; les messages d’amour sont de craie, balayés à la prochaine pluie ; la main des enfants tenue contre la force dissolvante des bourrasques est accrochée à la main ferme d’anciens jeunes qui avaient encore à bâtir leur existence, même s’ils sentaient, d’instinct, que le paroxysme du plaisir de la construction est engouffré dans le moment même de son piétinement innocent et heureux, du détachement satisfait d’avoir accompli. Ils s’obstinent un peu à vieillir et leurs lèvres humectées d’indifférence, diront : « Détruire, c’est anticiper la nature ou les hommes. Ne laisser ni au temps ni aux autres individus la joie de la prérogative. » Toute l’humanité est en germe dans ce règlement tacite qui consiste à arracher une forme d’un tas de matière, et le construire dans le besoin réfréné d’éparpiller puissamment, de rendre à l’anarchie ces quelques soldats du hasard créatif, d’un geste vigoureux, inventif parfois, qui marque le sceau d’une nouvelle fondation : celle de la liberté de l’abandon contre l’emprisonnement de la fixité. Ils garderont une pièce de leur puzzle et la donneront fièrement à leurs enfants, tâche à eux de recréer le reste, tous les éléments qui vont autour, l’ancien tableau est disparu, il n’était pas fini d’ailleurs, vous essayerez de parfaire ; vous verrez, on se berce d’illusions… Ils redécouvriront les messages de leurs aînés, en tenteront de nouvelles traductions qui se perdront dans la folie des grands vents, se déchireront, les mots volent au gré des courants, les « d » polis par l’action entêtée du temps finissent par former d’indifférenciables « o » quand un alphabet nouveau est sculpté par les coups du hasard, les distorsions d’un écho devenu inaudible qui n’offre plus que la brutalité d’un son sans articulation, s’agglutinent et recomposent des familles durant le séjour de leur exil ; la marque de leur appartenance s’étant effritée par la corrosion de l’oubli, il n’est plus que commémoration vide du souvenir absent, leur exode qui n’attend plus de retour se rira un jour de cette idée, tout finit par s’arranger.