Elle a un regard dur le monde, c’est ce qui m’a frappé quand elle entrée au milieu de nous

Il pleut tout autour de la cafétéria d’une bibliothèque où nous nous faisons face.

Elle a un regard dur le monde, c’est ce qui m’a frappé quand elle entrée au milieu de nous. Elle semble emplie d’une colère refroidie et polie par le temps. Elle n’est pas si vieille d’être déjà aigrie. Elle a de longs cheveux sombres. Un regard noir. Elle est fine de visage et brune de peau ; on dirait une Sud-Américaine. Une toute petite Sud-Américaine fine et aux belles jambes qu’elle a su mettre en valeur sous un legging et qu’une robe à fleur laisse offerte à la vue des gens qui la regardent comme je le fais à présent. C’est sans doute le contact entre sa noirceur et la petite coquetterie qu’elle affiche qui est le plus troublant. On n’a pas une mine pareille lorsqu’on est fleurie.

Rien qu’à son passage cette femme est une énigme.

Elle écrit en face de moi (nous sommes deux dans la salle à utiliser des stylos, encore… ce n’est pas assez pour me permettre de me lever et d’aller lui poser quelques questions.)

Elle a placé en plein milieu de son visage un immense trou de serrure d’où on ne voit rien.

Elle a aussi un léger strabisme, il me semble, je ne suis pas tout près, il ne doit pas être très flagrant. Ceci pourrait expliquer sa duplicité apparente, cette envie de plaire et cette rage de ne pas s’en croire capable. Elle a donc dû, pendant que ses petites camarades minaudaient, se réfugier dans quelque chose qui devait ressembler à de la poésie ou de l’intelligence. Elle devait aussi être aussi belle et acérée qu’une lame, douce et piquante comme la rose, et c’est sans doute ce qui avait piqué ma curiosité lors de son apparition.

Je n’aurais pas trouvé le prétexte pour aller lui parler et suis parti en gardant pour elle ce petit texte, qui j’espère la sauvera un peu dans mes souvenirs faute d’avoir su remettre de l’ordre dans les pièces du puzzle qu’elle avait posé devant moi et qui me défiait pendant qu’elle lisait et prenait des notes. A un moment je l’ai vue sourire. La pluie avait cessé. Il fallait partir.

B.O.B : “Riders on the Storm” des Doors (repris Claire Diterzi)

Photo d’entête : Day_057_of_365_at_2010-02-26” par Chris Spiegl
(PdB) Écrit par :