Etre le 12ème homme dans un stade

Je trouve les chants de supporters trop linéaires, dans le sens où je trouve qu’on ne suit pas assez le match. On chante la même chose qu’on gagne, qu’on perde, que ça soit tendu, que ça soit tranquille, etc. comme une espèce de soupe de fond de tele-novela. Je mets au défi une personne qui écouterait la bande-son d’une tribune de supporters de deviner le score si on coupe les cris lors des buts.

Pourtant, je trouve qu’il faudrait plus s’adapter. Un exemple, un « aux armes », c’est un chant pour motiver en début de match ou quand on perd, quand on gagne 3-0 ce genre de slogan guerrier n’a aucun intérêt. Par contre à 3-0 on peut faire lalala / lololo no limits pour faire le show détendus du sgeg par qu’a priori tout va bien.

Je trouve qu’on n’est pas le douzième homme mais du bruit de fond, dans le sens où je trouve qu’on devrait plus coller à ce qui se passe, les chants répondant au jeu comme l’entraineur répond tactiquement au déroulement du match. Pour jouer notre rôle on devrait se penser comme un bande-son de film d’horreur, qui narre les points d’orgue, les prépare, les accompagne.
Je regrette l’abandon des « ho hisse enculé », qui soulignaient un coup bien précis, même si je préférerais qu’on transforme le chant de négatif à positif, à chanter sur les dégagement de notre gardien, pour l’encourager et comme pour donner magiquement de la force à la balle qui repart vers l’avant, dans une sorte de « ho hisse, alleeez ! » Dans le même ordre d’idée, j’aime les « olé » qui accompagnent chaque passe lorsqu’on gagne facilement : ça souligne bien l’action et ça joue sur le moral de l’équipe adverse et, , tu joues ton rôle de 12ème. J’aime ces petits chants qui soulignent une action précise et qu’on enchaine en étant réactifs au terrain. Bref, il y a quelque chose à reprendre en main, ici et une réflexion à mener à cheval entre la psychologie des foules et la musicologie.

En fait, mon texte est très mal rédigé, ce n’est pas une question d’ambiance mais d’intelligence collective et d’adaptation au match. Un joueur qui court comme un malade du début à la fin pour rien, il peut être méritant mais ce n’est pas un bon joueur : on lui demande de faire la bonne course au bon moment. Un Kop c’est pareil.
Quand tu dois être le 12ème homme et que tu dois pousser, t’as pas besoin de lancer des chants avec de belles rimes riches et deux voix à la tierce. Au niveau du contenu du message des onomatopées ou des mots de deux syllabes comme « Allez ! », « poussez ! » ça suffit. Ca doit être simple, efficace, mais arriver au bon moment.
Je prends un exemple : lorsqu’un joueur est en position de tirer en dehors de la surface, le public crie spontanément « bouuuum ! ». Ça, c’est efficace parce que ça donne une info au joueur concerné (« bouuuum » une fois traduit ça veut dire : « tire !, tout le monde voit que c’est le bon moment et fais-le sans peur car vu que tout le monde t’y encourage, même si tu te plantes personne ne va t’en vouloir ») et peut-être même de l’élan pour cogner son ballon.

Pendant le match, qu’est-ce qu’on attend du public : 1) pousser collectivement son équipe, 2) mettre la pression sur l’arbitre pour tenter d’influer le match en sa faveur ou rétablir un tort, 3) déstabiliser l’équipe adverse 3.1) collectivement ou 3.2) individuellement.
A priori ces trois fonctions se font spontanément, par le public, cf. le « bouuuuum ! »
Dans ce cas-là le rôle du GA est un rôle de cavalier : le cheval va tout seul mais lui tient la bride, réprime quand ça insulte, motive quand ça lâche et il impulse quand il faut.
Il doit être intelligent et posé pour faire respecter à sa tribune la limite entre chambrer et insulter, par exemple.
(Qu’on se moque d’Orléans (qui eux-mêmes se moquent du foot en jouant si mal) en leur souhaitant bon vent en National, c’est de bonne guerre ; les traiter d’enc… ce serait juste crétin (et je ne serais pas parmi les vrais supporters dans ce cas-là). Les traiter de nuls, c’est une chose, leur parler de leurs femmes ou de leurs mères, c’est moche. Mais si on reste dans le foot et au dessus de la ceinture, je ne vois pas en quoi c’est mal de chambrer. Mon ex. préféré le « auf wiedersehen ! » lors d’un rouge adverse.)

Avoir envie de crier sa haine à Roudet (Reims) lorsqu’il simule une blessure et qu’on prend un rouge, c’est humain ; là c’est au GA de contenir la colère et éventuellement de la dévier vers un chant qui occupe une bouche qui ne peut plus dire de gros mots et de faire taper dans les mains pour qu’on n’ait plus son majeur de libre.

Le tout sans insulter et notamment en bannissant toutes les insultes à caractère sexuel qui sont bêtes et fausses.

Pareil sur les arbitres : je trouve qu’on ne leur met pas assez la pression. Il ne s’agit pas de l’insulter, mais de lui faire comprendre qu’il a fait une erreur et qu’il doit compenser.

Il y a aussi une quatrième fonction du public : 4) interagir (positivement), dialoguer avec l’entraineur, comme lorsqu’on réclame un joueur sur le terrain à la place d’un autre. Dans ce cas-là l’ambianceur doit d’une part éviter les interactions négatives (comme siffler ses joueurs). Ça avait été très bien géré contre Ep. lorsqu’à 0-2, certains commençaient à vouloir lâcher l’équipe. C’eût été plus qu’une erreur, une faute, et les gars ont super bien géré.

D’autre part, il doit servir de porte-voix et définir un message, à reprendre collectivement pour qu’il soit efficace, comme un syndicat mène une grève. J’utilise une analogie plus politique car c’est bien là une fiction politique du Kop : quelle est la ligne définie : on lâche le président, l’entraineur, on soutient x, y ou z, on attend encore, on lâche un joueur en le sifflant, etc. ?

Mais du coup, on devrait réserver les chants à texte pour l’avant-match, la mi-temps, l’après-match ou quand le match est plié et qu’il n’y a plus besoin de supporter mais de faire la fête. Surtout le chant où on se retourne dos au terrain, à bannir pendant le match : c’est beau mais totalement absurde.

A la place on devrait plus développer des cris adaptés. Pourquoi pas une sorte de clapping à chaque passe ou tête réussie, équivalent du « oooolé ! » mais pas pour chambrer sinon pour encourager. Ou un « hoooo hisse, on pouuuussse ! » sur les dégagements de notre gardien. (Moi j’aime bien ce que font les Nantais) Avoir des coups de pieds arrêtés mieux accompagnés et plus dans le tempo de la frappe.

Mieux alterner les phases de silence et de cris : le « aux armes ! » ce qui le rend impressionnant c’est le silence qui le précède. On ne pourrait pas faire un silence de tennis ou de snooker dès que les autres ont le ballon et beugler lorsque c’est nous (un 12ème homme, quoi !) ?

Ensuite, j’adore chanter. On peut faire des canons, diviser la tribune en deux, faire le show, des chorégraphies, se mettre tous nus, tout ce qu’on veut mais pas quand on supporte l’équipe, pas aux moments importants.

Autre réflexion par rapport au silence. J’ai été impressionné par la minute de silence ‘sauvage’ réalisée pour la mort d’un ancien président (oublié son nom, désolé). On entendait tous les cris des joueurs sur le terrain. Un peu comme au tennis, lorsque tout le monde se tait, le premier qui crie quelque chose – même pas trop fort – est entendu par tous. Je me demande ainsi si nous ne ferions pas mieux de temps en temps de nous taire tous pendant quelques secondes, de laisser un petit groupe placé en populaire près du milieu de terrain délivrer un message clair à l’arbitre, à un entraineur ou aux joueurs, et nous autres de reprendre juste « ouais ! » équivalent du « yeah ! » du Parlement britannique. Du concentré de civilisation, folks :

Ou les laisser délivrer le message dans le silence pour qu’il soit compris et le répéter en choeur et en masse pour qu’il rentre dans les têtes. On aurait sans doute beaucoup à apprendre à imiter du théâtre grec avec une alternance de quelques choryphées et des milliers de choreutes qui se répondent ou se complètent plus efficacement.
Pour bien gérer le silence, il faut être efficace car tout silence laisse de la place à la tribune adverse ; mais dans le cas d’équipes qui viennent de loin et n’ont pas de supporters, savoir se taire rapidement, délivrer le message, et vite reprendre pourrait être efficace.

(PdB) Écrit par :