Fin (de) parti(e)

Sainte L. se débrouillait pour être partout et nulle part, elle voulait porter le monde sur ses épaules sans demander d’aide à personne (et surtout pas à moi qui lui avais tendu la main), avoir quatre vies en une seule et se démenait dans une frénésie altruiste où elle voulait être à tout le monde et ne satisfaisait totalement personne. Pas moi, en tout cas, qui venais de la voir huit heures en cinq mois : on ne pouvait pas appeler ça une relation, sinon un bon souvenir potentiellement réactualisable. De plus, elle ne m’avait pas donné de place claire dans sa vie – bien qu’elle jura par tous les dieux que j’en avais une particulière – et je ne savais pas trop l’attendre, quand elle aurait quelques chantiers en moins à gérer.

Si c’était comme maîtresse, elle était surqualifiée pour le poste. Et puis les maîtresses, on ne les prend pas trop intelligente ou attachante ; il existe tant de femmes divorcées qui lisent de la littérature feel good et hantent les rayons bien-être de la FNAC de leur quartier ou ville, qu’on tringler une fin de semaine sur deux quand elles n’ont pas leurs enfants et qu’il suffit d’emmener de temps en temps en voyage pour qu’elles oublient que leur vie et s’imaginent qu’elles ont encore vingt ans et ne sont pas coincées ici, que je n’avais pas besoin d’elle our ça. En plus, ce genre de mommy sitting avec bénéfices se renouvelle tous les six mois, le temps que la bonde vous exaspère et qu’une brune la remplace avec un peu de diversité. Bref, je n’avais pas couru après cette femme pour s’occuper de ces façons-là. On peut même dire que je commençais sérieusement à l’aimer.

Elle, sans doute qu’elle s’emplissait de mille choses pour ne plus apparaître, pour se fuir, pour oublier beaucoup de choses, je ne sais pas sous quoi et pourquoi, en plus ce genre de phrases et d’analyses bidon se trouve normalement dans les romans et livres feel good qu’elle ne lisait pas, elle – en plus c’était elle la psychologue folle et pas à moi de m’essayer à la construction d’une narration probable de sa vie intérieure.

Elle n’avait peut-être tout simplement pas grand-chose à faire de moi. Pendant son silence, quand je le voyais pas alors que nous vivions à moins de deux kilomètres l’un de l’autre, elle fit le l’impossible pour la brebis égarée. Je pris alors l’habit de la bergère qui râle au retour du sauveur, celui du frère du fils prodigue, le méchant de la parabole celui qu’on oublie tout le temps, et qui, en l’occurrence ne râlait pas sur un privilège accordé à un autre, mais de voir l’effort fait pour l’autre – qui ne le mérite – quand le strict minimum n’était pas même fait pour moi qui aurait dû être invité à partager un peu de sa vie. La voir se rajouter des éléments impossibles à caser dans son emploi du temps a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase vide. Certes, je serais celui qui a tapé sur la table et tout renversé, mais il ne faut pas regarder la goutte dérisoire sinon le vase qui allait déborder d’absence.

Comme j’étais la 65ème case de son échiquier, je suis donc allé chercher d’autres échecs ailleurs…

B. O. B. : Stephan Eicher, « Louanges »

Photo d’entête : “chess” par Ruocaled

(PdB) Écrit par :