La horde du contrevent [2004] – Alain Damasio

Alain Damasio aime se référer à Gilles Deleuze et Gallimard, bien content de tenir un auteur censé écrire de la fantasy de qualité1, met ceci bien en avant dans son édition. Ainsi lit-on comme présentation de l’auteur que, « homme engagé, cet intermittent de la militance affûte ses armes à la forge philosophique (Deleuze et Nietzsche) et en nourrit ses combats concrets autant que ces livres. » Avant même d’attaquer le texte, on peut lire un épigraphe tiré de Mille plateaux. On était donc prévenu, mais voilà donc que la « pensée 68 » étend ses tentacules2 dans la fantasy. Avec La Horde du contrevent Damasio joue les passeurs entre le continent des amateurs de mondes-qui-n’existent-pas et celui des blablateurs de la génération de dé-penseurs néo-structuralo-post-expérimenthalaux-ultra-bullshito-infra-modernes-mes-couilles. Sur ce plan c’est réussi puisque ce texte en illustre parfaitement l’esbroufe stylistique et intellectuelle.
[On peut arrêter la lecture là, j’ai dit l’essentiel, ensuite j’étale et je dévoile beaucoup]

200 bonnes premières pages, des pistes ouvertes

Ainsi, ici comme chez Deleuze, les 200 premières pages de la Horde du contrevent sont passionnantes, on enfonce goulument ses piolets pour l’ascension d’une vague chaotique, poussés par l’efficace construction de celles-ci : début in media res avec la lutte contre le furvent, pause, arrivée dans la l’Escadre frêle qui permet de donner quelques explications sur la Horde3, puis, lorsque le rythme retombe, arrivent le combat contre Silène et quelques intrigues politiques qui épaississent la sauce. Mais, comme chez Deleuze, lorsqu’on atteint le sommet, bavant d’écumes et d’espoirs de découvrir l’océan de profondeur qu’il cache, on découvre derrière …juste un grand dépotoir pompeux. Je situe la crête où tout bascule, quelque part au niveau du chapitre VIII4. Jusque-là ça tient la trace. La variation des voix est intéressante et pas compliquée à suivre puisque, outre le symbole qui indique quel personnage s’exprime, les styles sont assez variés.5 L’univers est intéressant quoique incomplet car il y a trop d’animaux réels qui côtoient les créatures imaginaires : on croise des gorces, des ovibos, par exemple, ou des énigmatiques chrones mais aussi …des lièvres, des loutres, des renards, des aigles ou des ragondins ! C’est assez ridicule. Ça fait pas terminé ou paresseux. Idem pour les plantes : on a des abricots, des céréales, des pins, etc. qui côtoient des végétaux de l’humanité inconnus. La géographie de cet univers est un peu étrange (c’est un long tube qui va de la source des vents à des endroits plus vivables, il parait ne pas avoir de largeur) mais suffisamment prenant pour qu’on gobe sans moufter – c’est même cette bizarrerie topographique tout en longueur et linéaire qui fait l’originalité de cet univers. Sans vouloir cependant entrer dans le touffu putassier des querelles sur les frontières des genres, je dirais que ce n’est pas vraiment de la science-fiction car la technologie oscille entre l’Antiquité, l’ère industrielle et un XXe siècle très sélectif, mais plutôt de la fantasy6. Damasio flirte avec certains clichés mais les évite de peu : Golgoth la traceur est le dernier de sa lignée mais pas l’Elu de la 575432ème prophétie extirpée du manque d’imagination d’un scénariste, il a sa querelle familiale mais il n’est pas un ersatz de Luke Skywalker non plus, par contre j’ai trop pensé à la distinction Force / Côté Obscur avec le choix entre les deux types de combattants : la Foudre et le Mouvement (de mémoire, mais je ne vérifie pas car 100 pages plus loin tout ceci est oublié). La conversation entre le troubadour Caracole et le philosophe fréole (chap. V) est intéressante puisqu’on y croise quelques réminiscences des sympathiques élucubrations bergsoniennes sur le temps, une prose proche des phénoménologues ou de Jankélévitch, et tout cela passe joyeusement car on sait qu’on lit une fiction qui n’a pas prétention à nous éclairer sur le monde.7.

Et puis…

La suite est plus pénible.

Parlons du style, tout d’abord. Alain Damasio écrit bien, les quelques personnages qu’il fait parler sont assez variés avec une mention spéciale à la prose ordurière du Traceur, Golgoth, qui recèle des formules inventives et bien trouvées – ce fut un plaisir de lire ce personnage ! Mais ça s’avère vite redondant et bourrés de facilités qui, si elles étonnent tout d’abord, s’avèrent vite lassantes. Les jeux de mots à répétition passent lorsqu’ils sont prononcés par le troubadour, c’est son style, mais sinon ils sont juste grotesques. Même le duel rhétorique, oulipien, entre Caracole et le stylite Tourangeau, n’arrive pas à la plante des pieds de la prose de Rostand dans Cyrano de Bergerac ; on baille au Corneille, c’est long, ça prend Racine et ça Boileau sinon le Tasse, avec des calembours de ce style-là (ou pas loin, si, si !), qui deviennent de moins en moins supportables au fur et à mesure que les pages ne passent pas très vite. Que Damasio lise des rappeurs la prochaine fois qu’il veut écrire un clash, je crois que même Maitre Gims le surpasse en bons mots. Sérieusement.

Abordons la construction du récit. Vous croyiez une gradation dans la difficulté, le furvent n’étant qu’un avant-goût du pire ? Que nenni : chaque épreuve toujours plus impossible débouche sur une zone apaisée où la Horde se repose. Et entre deux épreuves physiques, on blablate beaucoup. C’est un peu construit comme La philosophie dans le boudoir de Sade : on baise, on cause, bis, ad libitium. Chez Sade il y a une progression, au moins, avec des vis de plus en plus gros. Ici, on ne voit pas trop la trame. Ils avancent vers le bout du monde, mais l’intensité du texte ne progresse pas et la difficulté physique de leurs épreuves semble rester la même. On ne comprend pas trop la logique de la Horde. Par exemple, Golgoth entraine sa troupaille à patauger dans la gadoue et à nager pendant des mois, alors que la vraie épreuve finale qui les attend est …une ascension de montagne. Certes, il y a toute une histoire de pèlerinage voulant qu’il faut aller à l’Extrême-Amont à pied depuis la capitale, sans tricher, mais l’idée de parcours initiatique n’est pourtant qu’ébauchée. Pourquoi ne pas se transporter au pied de la montagne et s’entrainer sans relâche à l’ascension en perfectionnant les outils et les techniques ? Avant de franchir cette montagne du bout du monde, l’endroit que nous pensions le plus inhospitalier de cet univers, que seuls les braves gigaeroentrainés peuvent atteindre, nouvel étonnement : ça pullule et nous avons même droit à un moment volé à la Petite maison dans la prairie, avec ses jardins fleuris et ses enfants qui courent dans les prés. Vous pensiez que les considérations politiques allaient devenir de plus en plus troubles, fouillés, fines avec des trahisons par-ci ou par-là et des choix difficiles et moralement épineux à faire ? Rien. L’idée de Poursuite et de querelles entre factions à la capitale, la lutte tactico-‘technologique’ entre les Fréoles, les Obliques et les Hordonnateurs pour la conquête de l’Extrême-Amont, etc., finit peu à peu aux oubliettes. Soit, c’est le droit de l’auteur mais pourquoi avoir introduit tout ceci, alors, sinon pour remplir un peu son texte ? Là encore, cette impression laissée par les textes deleuziens, du moins ceux où il (est censé) expose(r) sa pensée : ça charrie beaucoup de choses mais rien n’est fouillé, tout est flou, on a une grande collection d’esquisses devant lesquels on devrait se pâmer.

Dans les derniers chapitres, Damasio abuse aussi du procédé des révélations, après avoir fait le coup avec les visions de Caracole ou ses prophéties, bien plus tôt dans le récit. Au lieu de faire en sorte que sa Horde co-découvre empiriquement des vérités nouvelles sur la base d’un s(e)-avoir mutualisé8, avec un leader synthétisant leur « ligne de masse »… euh… de Horde, Damasio coupe son récit pour laisser son aéromaitresse révéler9 qu’elle savait tout auparavant vu qu’elle avait tout lu dans la tour des ærudits. Et vous pensez qu’elle balance tout d’une seule traite ? Hé bien non, la voilà qui remet ça un peu plus tard, au point que cela ennuie même ses compères, alors que ces révélations sont capitales car existentielles et qu’elles sont même le Graal de leur quête ! C’est dire si elles tombent comme un cheveu dans la soupe. Et ainsi le chef de la bande de lui dire quelque chose comme : « oh l’aéroputasse, tu nous emmerdes avec ton blabla  », ce qui est vrai puisque ça donne un final poussif, les révélations tombant à plat, et c’est d’un long, ça rame grave dans le vent devenu solide et mental !

Bien avant déjà, au fil des pages à rebours, peu à peu, l’univers mis en place par Damasio s’étiole, se perd, s’embrouille, les considérations sur le vif, les chrones, etc. partent dans tous les sens, comme un texte de Deleuze qui introduit des concepts pour les oublier en chemin et s’en créer d’autres tout aussi foutraques et mal articulés. Damasio atteint même, par moment, pire que le niveau deleuzien (qui peut encore faire un peu illusion) : le niveau derridéen. C’est-à-dire la jonglerie frivole avec des débris de pensées empruntées à d’autres, où la métaphore et le jeu de mot tiennent lieu de “pensée”, à faire croire au gogo qu’il y a dans cette bouillie de concepts quelque chose de solide. Le summum du ridicule est atteint dans la tour d’aerudits, qui ressemble à un magasin de cartes postales artistiques et philosophiques à 1€, où Sov apprend, bouleversé, terrassé, non, mieux, plus aventcé par cette révélation et changé à jamais de toute sa vie, qu’il faut …vivre chaque jour comme le dernier (pala-pa-pa !) ou comme le premier (mais c’est profond comme du Paulo Coelho, dites !), que « la terre est bleue comme une orange » ou qu’on lui apprend qu’il doit redevenir enfant après avoir été chameau et lion. Eluard et Nietzsche ne sont pas nommés mais ces références fluorescentes clignotent tellement qu’à ce moment-là, je me suis dit que, ou Damasio prenait ses lecteurs pour des demeurés incultes et se fichait d’eux ouvertement10, ou que ça allait sérieusement partir en cacahouète totale (au sucre acidulé et pétillant), se vautrant dans la farce et la distanciation au 450ème degré Fahrenheit au-delà de la limite du Grand Nawak, que Zarathoustra à la tête d’une armée de Playmobile allait sauver la Horde, que Dante ouvrirait les Enfers pour libérer la force de tous les génies de l’humanité, qu’on allait savoir qui de Capitaine Flamme ou d’Albator était le plus fort, que l’Oulipo serait capable avec des mots, pardon, des glyphes, de contrer les kamhéhahaha zygodramatiques des Super Saillants ou que la Horde sortirait du livre pour se réfugier dans le cerveau de l’auteur jusqu’à ce qu’il crève du ridicule, bref que le pêtage de plomb serait assumé avec une note d’Alain Damasio indiquant que l’histoire, initiale, de vent, tout ça, ces conneries, c’était une blague et que la fête du slip commençait !

Une blague ?

Et pourtant, non, ça n’a pas l’air d’être une blague. Même si. Peu à peu, le vent disparaît dans les derniers chapitres, qui devient solide (du vent-air, du « vair » …vairidique !) puis spirituel (du vairmissel ?), bref tout l’aspect mobile, héraclitéen, du début, qui faisait l’intérêt du monde de ce texte est abandonné. Vous pensez que vous allez pénétrer, avec les 8 et 9ème formes du vent dans quelque chose de plus mystique, des pans de réalités à peine descriptibles en mots car passés sur un plan de non-immanence post-spirituel où le vif doit venfourner des vent-ouse pour s’accrocher dans la comprenette, comme si un philosophe spinoziste essayait de nous expliquer un attribut de Dieu, parmi l’infinité, autre que la pensée et l’étendue ? Vous pensez qu’on avancera dans des cercles concentriques toujours plus éloignés du réel perçu par les êtres humains ? Non, ils ont une montagne à franchir… toute cette soupe mystique et ce vent pour arriver à Frison-Roche ! Merde, les mythologies grecques faisaient plus tripant ! La Horde devient juste une bande d’alpinistes qui s’enlisent dans la lourdeur verbeuse plus ils avancent dans leur quéquête atrophiée par le froid et les morts (mais pas morts vraiment car flottant spirituellement), les emprunts littéraires et les embruns philosophiques passent sous nos yeux sans plus n’éveiller que des « c’est, celaaaa, oui » aussi lhermittiens qu’indifférents, mais comme chez Deleuze et Derrida, puisqu’on a lu tout ceci et que s’avouer que ce fut de la pure perte de temps ferait trop mal, on préfère croire, à la méthode couard, que ça a un sens, pour rentabiliser sa lecture, comme tous les autres, dans une grande communauté d’hypocrites qui savent sans rien dire. On dira donc « c’est un chef-d’œuvre ! » comme les autres, pour ne pas avouer qu’on s’est fait arnaquer mais on repensera à 1984 qui, lui, est un chef-d’œuvre développant :

  •  des idées politiques autrement plus profondes et fines que la plate turlutte des classes entre les racleurs et les Tourangeaux (chap. XII),
  • une réflexion sur le langage ou la psychologie humaine qui n’a rien à voir avec des considérations sur le « vif » – celles-ci seraient même refusées au rayon bien-être de la FNAC de la petite ville de province la plus intellectuellement navrante,
  • une torture psychologique de Winston, à partir de sa peur la plus profonde, qui est autrement plus angoissante que les plates visions des hordeurs dans leur dernière épreuve11,

…bref on dira « c’est un chef d’œuvre ! » pour ne pas perdre la face mais on aura honte de nous, parce que ce texte est juste, en fait, une farce qui a été trop prise au sérieux.

Enfin, le final, qui ressemble à l’épisode 14 de la saison 3 de la Quatrième dimension (« Cinq personnages en quête d’une sortie »), est aussi prévisible a posteriori que je ne l’ai pas vu venir, donc il fonctionne. Un bon point ! La page 0 m’a plu, donc. C’est elle qui m’a fait tenir et ne m’a pas fait perdre la farce12, mais entre 0 et 442 (environ), ça fait long, non ?

Et, vous, vous trouvez aussi que cette critique est longue. Oui, à l’image de cette prose damasienne, cette pro-pose qui pose sans pause ni repos mais fait popot, papan-cucul ou ventvent-culcul, d’ailleurs, bref, j’aurais pu faire court et juste dire …tout ça pour ça ?
Franchement…

Notes

  1. Ce qu’on ne définira pas plus, mais en tout cas quelque chose qui nous laisse penser qu’on ne lira pas les aventures de CyberCyndie prise par SpaceJamesBond sur l’aéroFerrari rouge mais à un texte intelligent, bien écrit, présentant une vision du monde, éventuellement militante, dérangeante s’il le faut
  2. J’ai failli écrire « le style de la pensée 68 étend… » mais, pourtant, fond et forme sont intimement liés dans la « pensée 68 », vu que la vacuité ne passerait pas inaperçue sans le tape à l’œil prolifique, donc « la pensée 68 étend » est aussi juste, après tout…
  3. Habilement distillées sans que cela paraisse artificiel grâce à cette scène où le troubadour présente son groupe aux Fréoles
  4. Ce n’est déjà pas mal, me direz-vous. Non, non vous verrez plus bas pourquoi c’est un piège
  5. Et puis, peu des 23 personnages de la Horde s’expriment, finalement. Ce qui relève à mon avis, de l’échec : l’auteur semble avoir été trop ambitieux et n’avoir pas su gérer cette quantité de personnages. S’il voulait faire parler ses personnages, il fallait en mettre moins mais leur donner à tous une voix.
  6. Ce truc vain et ridicule puisque les gens qui essayent d’inventer des nouveaux mondes échoueront à jamais – il faudrait être un Dieu pour inventer vraiment et avec pour lecteurs des (demi-)dieux capables de comprendre ce qui est décrit, c’est absurde. Du coup, les gens qui s’y essayent créent des demi-mondes à moitié grotesques puisqu’ils ne peuvent pas en effacer les traces du nôtre, ses lois physiques, ses règles sociales, etc., et ils sont obligés de le faire marcher sur des béquilles. La seule voix crédible / possible est d’inventer des histoires à partir de notre monde, même si on fait bifurquer la réalité à un moment donné comme dans les uchronies
  7. Les philosophes cités ne font pas mieux mais eux ou les universitaires qui exégèsent encore les écrits de ces noircisseurs de papier inutiles, ne s’en rendent pas compte et ça, par contre, c’est grave
  8. Je ne sais plus à quel moment un personnage – l’aéromaitresse elle-même, je crois, pourtant première à garder son savoir pour elle – regrette la dispersion de leurs savoirs, instaurée par les Hordonnateurs, il y avait encore une piste à creuser qui reste un chemin ne menant nulle part…
  9. N’oublions pas qu’ils parlotent dans des conditions censées être extrêmes, mais bon…
  10. Ce qui est limite pour un émancipateur de peuple opprimé par la capitalisme.
  11. Et puis il y a aussi eu Solaris entre temps, voire Event Horizon, j’en oublie, il faut innover ou s’abstenir
  12. Spéciale dédicace, Alain ! Je te l’offre !
(PdB) Écrit par :

12 Comments

  1. jamiK
    29 juin 2016
    Reply

    Quelle immonde critique !

    • (PdB)
      29 juin 2016
      Reply

      Vous m’avez lâché un vent (choon force 1 ?), permettez que je vous en mette un…
      (Comme dirait l’ami Pierre B. : « résistance à l’objectivation »?)

  2. 29 juin 2016
    Reply

    Ça m’a fait rire!! Vous avez le sens de la formule 🙂 Pas encore lu, la rencontre avec l’auteur m’avait donné envie, mais ça va pas être pour tout de suite (même sans cette critique)

    • (PdB)
      30 juin 2016
      Reply

      Merci et bon courage ! Vous aimez cette critique et pourtant vous allez lire le texte au lieu d’épargner ce temps pour mieux l’investir. Vous êtes la preuve que ma critique est donc ratée…

  3. 30 juin 2016
    Reply

    Damasio a su créer un univers. On aime ou on n’aime pas, ça tient à la sensibilité de chacun et sur ce point-là il n’y a pas à discuter. Vous n’avez pas aimé, soit.
    De là à parler de Damasio en l’assimilant à la pensée 68 (qu’il n’a jamais revendiquée/soutenue/promue), il ne faut quand même pas exagérer. En fait c’est même toute votre critique qui est typique des soixante-huitards qui s’ignorent: rafales d’auteurs que vous n’avez clairement pas lus, multiplication de l’outrance, termes à la gomme mais pleins de syllabes qui font cultivé…
    Franchement, j’ai lu des critiques négatives, j’ai lu des critiques hypocrites, j’ai lu des critiques intentionnellement irrévérencieuses ou burlesque, mais la votre est bien la première que j’estime non seulement injuste mais en plus totalement crétine.

    • (PdB)
      30 juin 2016
      Reply

      Damasio a créé un univers …sur 200 pages. Ensuite, il le sabote : ça me parait moins manichéen, non ? Vous n’avez pas trouvé l’épisode de la Tour des aerudits risible, vous ? Vous avez trouvé le duel rhétorique bon ? Vous avez compris pourquoi Damasio n’exploite pas l’idée (de Caracole) de remplir les notation de vents avec des mots pour en faire des phrases ce qui, pour le coup, était très intéressant ? Pourquoi les deux pages de mots effacés (avant le premier chapitre) ou les formules de vents qui s’intercalent entre les paragraphes (dans les derniers chapitres), voire les notations de vent directement au milieu des paroles des personnages, sont peu exploitées alors qu’il part dans son histoire de vif, de persistance des « âmes » et de peur intime qui pue le mille fois réchauffé ? Ils avaient une mine d’or, il n’en a rien fait. Si ce n’était qu’une histoire de-goûts-et-de-couleurs-qui-ne-se discutent-pas, ce serait trop simple..
      Deleuze. Lisez, juste avant les dédicaces : « Homme engagé [= Damasio], cet intermittent de la militance affûte ses armes à la forge philosophique (Deleuze et Nietzsche) et en nourrit ses combats concrets autant que ces livres.  » Allez donc en parler à Gallimard. Et puis l’épigraphe de Mille plateaux vous aurait échappé ? Parlez-en à vos yeux ! Toutes les références larvées à Deleuze ou aux auteurs qu’il a admirablement commenté (Leibniz, Spinoza, Bergson) dans le texte, vous ont échappé ? Parlez-en à vos lectures !

      Sinon, n’est pas Jourde ou Naulleau qui veut, mais il vous a peut-être aussi échappé que j’avais essayé de faire un méchant pastiche du pire des 701 pages que j’ai lu, dont 500 sans flamme. Si, donc, vous trouvez que j’écris comme un soixante-huitard (quel portrait vous en faites, d’ailleurs, bigre, affreux réac !) quand j’essaye d’imiter un soixante-huitard (philosophiquement parlant, bien sûr ! D’autres disent la génération 70, mais j’aime bien le livre de Ferry et Renaut où Foucault n’est ‘que’ Nietzsche et où Deleuze n’a pas son chapitre ; il a ses épigones, désormais, ouf !), c’est que ma critique est réussie ! Merci ! (Je vous aime plus que Darkcook…)

      Restons-en sur la crête inespérée de cet éloge discret et pudique que vous venez de m’adresser !

      • 30 juin 2016
        Reply

        Hé bien il ne m’appartient pas vraiment de décider à la place d’un auteur ce qui doit être écrit, pensé, rédigé. Un auteur a des voies potentielles pour dérouler son histoire et ne peut toutes les inclure ni toutes les voir. La Horde du Contrevent est un ouvrage déjà suffisamment massif pour ne pas avoir besoin de développer encore et encore des morceaux d’intrigues. Très honnêtement, si on me faisait ce coup de critiquer ce que j’écris « parce qu’à tel endroit j’ai pas mentionné tel truc » ou « parce que là j’aurais pu écrire tel autre truc », je pense que je serais plutôt agacé. Encore une fois, chacun a sa sensibilité et ses propres goûts, y compris créatifs, et le fait que vous n’aimiez pas ce roman n’entache en rien ni son originalité, ni sa qualité, et pour le coup, La Horde du Contrevent est parfaitement cohérent du début jusqu’à la fin. Quant à sa rédaction, je n’ai rien à y redire, l’usage de la langue française est parfaitement maîtrisée et chaque personnage a sa propre personnalité en plus de sa propre façon de parler, chose rare en Littérature.
        Le fait est que vous rattachez cet ouvrage à un esprit « 68 » que l’auteur n’a, encore une fois, jamais revendiqué. Difficile dans ces conditions de partir du bon pied… On peut d’ailleurs aimer Deleuze sans être un tyrannogauchiste, de même qu’on peut aimer Heidegger sans être un nazi, ou Cioran sans être suicidaire et cynique… (au passage, oui, je suis un réac’, je n’irais pas m’en défendre).
        Vraiment, votre « critique » est totalement injuste: le procès que vous faites à cet ouvrage est un véritable réquisitoire bolchévique, outrancier dans la forme, absurde sur le fond. A croire que votre unique motivation, au fond, était d’étriller un ouvrage largement apprécié pour le plaisir d’aller « à contre-courant ». Je pense que le talent perceptible dans votre plume mérite mieux que ça.

        • (PdB)
          30 juin 2016
          Reply

          Technique rhétorique éculée, pendant que vous me qualifiez, cherchez en moi des intentions cachées et faites de la morale, vous ne répondez pas à mes questions. Allez je vous accule et j’en rajoute une : vous n’avez pas trouvé le procédé des révélations de l’aéromaitresse, dans les derniers chapitres, après avoir fait le coup avec les visions de Caracole et sa prophétie dans la ridicule tour, était de la mauvaise technique narrative ? Je crois même que Golgoth dit un moment, alors que ces révélations sont capitales car existentielles, « oh l’aéroputasse, tu nous emmerdes avec ton blabla  » [Golgoth est le personnage le plus abouti, je n’ai pu qu’applaudir]. La Horde aurait pu co-découvrir des vérités nouvelles sur la base d’un savoir mutualisé (je ne sais plus à quel moment un personnage regrette cette dispersion des savoirs instaurée par les Hordonnateurs, il y avait une piste à creuser…) et nous embarquer jusqu’à la révélation finale. Au lieu de cela c’était d’un poussif, d’un long, ça ramait grave dans le vent devenu solide et mental !
          Il me semble qu’en tant que lecteur il est de mon droit, voire de mon devoir lorsqu’un texte a tant de succès, de trouver que l’auteur a raté son livre ! Certes, j’aurais été son éditeur je lui aurais fait reprendre sa copie, je vous aurais épargné des calembours douteux (genre  » il fait la grève de la fin  » – dernier chapitre) et je n’ai jamais écrit nulle part qu’on n’avait pas le droit de le publier (ce que ferait, lui, un bolchévique arrivé au pouvoir). Je ne dis même pas que tous ceux qui ce sont extasiés devant ce texte doivent terminer dans des geôles où ils seraient frappés ad vitam aeternam par tous les mauvais livres qu’ils ont aimé, je dis juste que quiconque est impressionné par ce truc qui n’est pas bon sur le fond et en dessous de ses potentialités sur la forme, est un gogo.

        • (PdB)
          30 juin 2016
          Reply

          Je ne dis pas non plus que Damasio applique la philosophie de Deleuze, ça voudrait dire qu’il a compris quelque chose à celle-ci et même qu’elle existe… Damasio n’est pas un surhomme. Je dis juste qu’il y a ici l’application au monde la SF/Fantasy d’un style (souligné) de philosophie frivole qui n’est que de la poudre aux yeux. Le style littéraire en fait partie (c’est ‘écrit’ donc ça doit être fin : non, l’auteur tombe dans des facilités inutiles), ça a une forme de rhizome donc ça doit être profond (non, c’est plat et verbeux !), c’est épais donc ça doit être fouillé (non, la taille est un piège psychologique et un argument d’autorité tacite mais pas un gage de qualité !) Damasio reprend aux charlatans qui l’inspirent (mal), l’accumulation de références philosophiques censés en mettre plein la vue aux demi-habiles, traitant de parler de théorie scientifique sans les maitriser (lisez Sokal et Bricmont), et, tout comme cette bouillasse fait fureur dans les universités partout dans le monde, voici que le toc fonctionne en littérature en se rangeant sous l’étendard de cette mauvaise philosophie (et je soutiens que Gallimard met très en avant le caractère philosophique de la prose de Damasio, ne soyez pas dupe).

  4. 30 juin 2016
    Reply

    Ah ! merci bien pour cette critique jouissive qui ébouriffe les perruques poudrées des ex-68. Et merci encore de me débarrasser de l’obscur sentiment d’insuffisance intellectuelle, à moi qui ne suis pas allé au-delà de la page 626 (en comptant à l’envers).

    • (PdB)
      30 juin 2016
      Reply

      Oui, en effet, la philosophie au coup de marteau date du XIXème siècle et Nietzsche ne peut pas être « 68 » ; son ersatz, Foucault, qui mélange un peu tout sans rien maitriser vraiment des choses dans une grande soupe de mots, oui. Cela dit je veux bien être « ultra-68 », si Thiefaine le veut. Plutôt que d’essayer de me qualifier ou de viser l’homme et ses intentions
      en lançant des cécluikidikilé (que je contre par un mêmepasmal doublé d’un mêmepasvrai, [voilà, fin de ces bêtises rhétoriques]) qu’il nous parle un peu du fond, précisément, au lieu de donner un vague avis général. Qu’a-t-il trouvé de profond dans les enseignements de la tour des aerudits ? Qu’a-t-il pensé du procédé des révélations successives ? A-t-il vraiment aimé les jeux de mots que même Laurent Ruquier n’ose pas et les calembours à répétition ? A-t-il trouvé le duel oratoire de grande qualité stylistique ? A-t-il trouvé que l’idée initiale du vent est bien exploitée ? Que l’arrière-plan politique n’est pas bâclé, sinon vaguement caricaturale ? Ne pense-t-il pas que c’est inutile d’avoir 23 personnages, initialement, pour n’en faire parler que la moitié, environ ? Ne trouve-t-il pas les considérations sur le vif très plates ? La théologie de cet univers indigent ? Si on compare La Horde à des grands textes de la SF, ne peut-on pas penser que ça fait pale figure ? Est-il d’accord qu’il y a des pistes intéressantes laissées non-défrichées et qu’un texte qui ne va pas au bout de ses potentialités n’est PAS un grand texte ? Où a-t-il répondu à ces questions ? Où ? Il n’a fait que la vierge effarouchée, qu’il cogne un peu dans le fond pour défendre son grandiose texte !

  5. 30 juin 2030
    Reply

    Mâtin, quelle critique !
    Elle allie l’oeil à la plume … bravo

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