La philosophie dans le boudoir – Sade

La philosophie dans le boudoir a ce petit privilège d’être le seul livre de ma bibliothèque que j’ai surligné au fluo et annoté… afin de retrouver les passages importants (les réflexions pseudo-philosophiques, notamment) et ne jamais, mais jamais !, avoir à le relire, sachant que toute la génération des philosophes des années 70 le citait abondamment et que je ne pouvais m’y soustraire complètement. Mais ça m’a passé toute envie de lire le reste du divagant marquis…

Les parties de soi-disant réflexions n’y sont que des enchainements de sophismes lourdingues. La justification de la sodomie par exemple, qui est défendue une fois au nom de sa naturalité (si nous avons ces penchants en nous, n’est-ce pas que la nature a voulu ceci ?) et une autre pour son caractère artificiel (n’est-ce pas une façon de nous révéler plus ingénieux que la nature, maîtres d’elle, que de la détourner ?). Et ça cause, ça glose, c’est verbeux, c’est creux, pompeux et peu pompé au final, on s’ennuie et puis, enfin !, ça pratique un peu.

Malheureusement les parties sexuelles ne sont que d’affreux tableaux collectifs froids (tu ferais ça, pendant que je ferais ça, et lui… ad nauseam), sans charme, sans la poésie de l’instant, machinerie glauque qui ne dégage aucune émotion ni aucun désir. Sinon de jeter le livre à la poubelle. Et lorsqu’au grand final du crescendo crachant des pénis, arrive le vis d’Augustin tout prêt à inoculer une maladie dans le vagin d’une pauvre malheureuse, on a envie de jeter tous les livres de la bande du Centre Expérimental de Vincennes (tous, l’idéal universitaire reconnaitra les siens) dans la même poubelle. J’ai eu honte pour ceux qui citaient ce « grand féministe », cet « apôtre de la liberté », et blablablas grandilotesques (et mon cul, avec ou contre nature, tu l’as vu ?), alors que je n’ai lu que délires d’un homme enfermé (preuve que l’Ancien Régime avait un minimum de bon goût) et provocations enragées d’un détraqué morbide… et ça m’a donné envie de deux choses.

D’une part, d’aller voir ce que disait Michel Onfray sur le mythe de Sade, pour essayer de comprendre ce hiatus entre ce que j’ai eu entre les mains et les commentaires élogieux que j’avais pu trouver dans la prose de la « génération 68 », et confronter la façon onfrayenne de voir les choses avec la petite idée que je m’en suis faite avec le temps.

D’autre part, de gifler, brûler, violer avec des éponges carrées pour tableau, frapper avec des règles, enduire de mes excréments, cracher à la figure en public et en plein exposé, tous ces cons d’universitaires qui voient dans le taré de la Bastille autre chose qu’un malade, que des gens bien malins ont laissé écrire pour que ce que soit un aristocrate lui-même qui invente les rites initiatiques qu’on allait imposer à l’élite, comme Pasolini et Kubrick l’ont raconté au sacrifice de leur vie dans Salò1 et Eye Wide Shut2

Bref violenter un peu ces crétins, histoire qu’ils comprennent un peu de quoi ils parlent, tous ces manieurs de mots creux, un peu de pédagogie diogénisiaque en quelque sorte, comme une piqure de rappel du réel dans leur gueule, avant qu’ils se le prennent, ridicules Faust mis à terre et humiliés jusqu’à leurs entrailles, dans les fesses. Et mépriser durement toute ces connes qui pensent que Sade est un féministe – lui qui veut inoculer un virus dans le vagin d’une aristocrate sous les yeux de sa fille puis coudre ce vagin pour que toute la petite troupe soit bien sûre que le sperme du valet (qui contient cette maladie) ne s’échappe pas – simplement parce qu’il a rabaissé homme et femme dans une abjection égale. Gros trous du culs d’imbéciles dilatés !

Bande originale de la bulle (que j’aimerais faire exploser dans la figure de certains pour qu’ils comprennent un peu) : The Ex, “It’s not a virus”.

Photo d’entête : « Belle éjaculation faciale pour Madame! Il y aurais pu avoir plus de sperme sur les carreaux de mes lunettes !!! » par Odette Decaux

Notes imprégnées de colère

  1. Film dont nous ne verrons jamais la vraie fin, trop explicite sans doute, qui nous révélait qu’il n’y avait pas une critique du fascisme italien dans tout cela mais bien des horreurs qu’il avait connues dans la loge P2, par exemple…
  2. Après Arthur Schnitzler en 1926, qui n’a pas été suicidé d’avoir écrit la Traumnovelle (“La nouvelle rêvée” ou “double rêve”, selon les traductions) mais dont l’histoire servait surtout à indiquer aux gens qu’il ne fallait pas regarder là où c’est interdit et, si on a vu malgré tout, faire comme si, justement, on n’avait rien vu, chose que n’ont pas respectée Pasolini et Kubrick. N’est-ce pas ce qu’on apprend à la huitième femme de Barbe bleue, de ne pas aller voir là où c’est interdit ?
(PdB) Écrit par :