Étiquette : mort de la fonction auteur

8 mars 2016 / Labymonde

Aujourd’hui je suis allé me balader tout de noir vêtu au milieu de la double blancheur où je voulais me perdre : celle du sol enneigé et du ciel monochrome et pâle qui semblait n’être qu’une extension immatérielle du premier. Je comptais écouter quelques chapitres d’un roman, mais n’avait pas la tête à ça. “The Diamond Sea” a retenu toute mon attention.

Je me souviens m’être engueulé avec un gars avec qui je devais rédiger un journal politique, il y a de cela quelques années – 1997, je pense ; ça date. Il voulait que je passe la fin du morceau pour mettre une autre chanson plus audible. Je résistai et lui imposai l’écoute jusqu’à la fin de la nappe sonore. J’ai cru un moment, en y repensant, que j’avais été ferme par snobisme, rejouant à mon tour le vieux sentiment d’appartenir à une élite avant-gardo-aristocratique face à la bourgeoisie ignorante qui a encore besoin de notes pour apprécier la musique. Mais je me rends compte que j’aime le morceau tel qu’il évolue et que, dès la 11ème minute, c’est même le passage que je préfère.

Je repensais aujourd’hui au hiatus que je vois (à tort ?) 1) chez le Michel Foucault des années 601, celui qui s’intéresse, d’une part, encore à la littérature qu’il définit comme une « écriture de soi » et, d’autre part, aux épistémès ; 2) dans l’essai – à mon sens raté – de Fernand Braudel, d’en finir avec l’histoire-bataille2. Ainsi, donc, après tout le blabla, voilà qu’on a besoin de Sade, Blanchot, Mallarmé ou Roussel chez Foucault ou du « roi et des ambassadeurs »3 chez Braudel ! Et donc la (potentielle) mort de l’homme, et avec lui clle auteur, la fin du temps court (cette écorce superficielle, cette « écume » !), l’éviction de l’individu : oubliés ? On n’arrive pas à trouver les régularités statistiques, la mer, les cycles économiques, les épistémès ou les nappes discursives suffisantes ? A la poubelle l’un des programmes les plus intéressants de cette décennie ?

  1. Histoire de la folie à l’âge classique [1961], Les mots et les choses [1966] ou L’archéologie du savoir [1969] []
  2. Je pense notamment à son Histoire de la Méditerranée à l’époque de Philippe II, lorsqu’il publie un troisième tome à cette œuvre, comme si les deux premiers ne suffisaient pas, et sans qu’on ait l’impression qu’il faille avoir lu les deux premiers tomes pour comprendre le troisième. Ils deviennent dès lors, du point de vue du troisième, deux appendices intéressants mais déconnectés. Je ne suis même pas sûr que les deux premiers forment un tout. Or la révolution que promettait Braudel était qu’on ne puisse plus jamais lire de l’histoire-bataille sans avoir l’arrière-plan du temps moyen et que celui-ci était incompréhensible sans le temps long. C’est donc, à la lecture du troisième, raté. []
  3. Cf. RANCIERE Jacques, [1992] Les mots de l’histoire. Essai de poétique du savoir []
8 mars 2016 / English songs

Comment faire pour mettre en déroute, non pas les auteurs, mais la fonction de l’auteur, l’idée que derrière chaque livre il y a quelqu’un qui garantit la vérité de ce monde de fantasmes et fictions, par le seul fait qu’il y ait investi sa vérité propre, qu’il s’est lui-même identifié…