Mots-passages, hall de gare et trains

Quelqu’un pense que ce serait drôle d’écrire à quatre mains des textes où les mots seraient dès lors des mots-passages comme un hall de gare où on se retrouve attendant bien que l’un aille à Paris, l’autre à Bruxelles, l’autre attende quelqu’un qui vient de Paris, quelqu’un qui vient de Bruxelles, qui va dans la même ville que la gare, qui vient de ce train circulaire qui ne sert à aucun transport physique (ce serait un train où on va déposer des secrets comme les trous d’arbre d’In the mood for love ; un train-trash comme dans 2046, en moins gentil, où peut commettre meurtres et exactions sans qu’ils aient eu lieu ; un train-carnaval où tous les adultères sont permis, parenthèse en mouvement, passant sur les rails d’une société répressive) où on va à Soi, un quelqu’un quelconque aux habits élimés et aux regards gommés qui va dans quelqu’une ville au nom effacé, un hall où d’autres partent à la guerre et sont à côtés de femmes qui attendent le retour de leur guerrier, sans que leurs regards n’osent se croiser où l’innocente joie des unes a honte, où la coupable peur des autres ne veut pas se montrer, un mot ouvert à tous et que chacun voudrait cloisonner pour le vivre en cachette, un mot où deux personnes aurait mis des visages différents, un même mot dans des directions différentes x =>  » quelqu’un  » <= y, un mot-porte avec des serrures innombrables où chacun, selon la clef qu’il met, pénètre dans un espace différent, le même mot, ‘quelqu’un’. Des mots qui auraient bien plus d’un sens et aucune direction !

B.O.B.

Jean-Jacques Goldman, En passant