Ne pas toucher de l’arbre de la connaissance du bien et du mal

Pendant longtemps je n’ai pas cru au surnaturel ou à d’autres dimensions et j’en étais resté, quant à la vie après la mort ou à la création du monde, à un agnosticisme résolu. Seulement, après quelques rencontres et de nombreuses lectures théoriques, il a bien fallu que je me rende à l’évidence. Le livre d’Alexandre Lebreton, MK Ultra. Abus rituel et contrôle mental[ [2016] aussi, au-delà de certains de ses défauts, m’aura donné une synthèse satisfaisante de tout ce qui se recoupait.

Toutefois, il me semble que si notre monde physique cohabite avec d’autres dimensions et si nous autres êtres vivants arrivons à y pénétrer, il me semble qu’il n’y a pas de magie blanche. Il me semble que c’est ce que le Dieu de la Genèse veut expliquer à Adam et Ève lorsqu’il leur défend de toucher à l’arbre de la Connaissance du Bien et du Mal.

L’Éternel Dieu donna cet ordre à l’homme : tu pourras manger de tous les arbres du jardin ; mais tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, tu mourras (θανάτῳ ἀποθανεῖσθε).

Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs, que l’Éternel Dieu avait faits. Il dit à la femme : Dieu a-t-il réellement dit “vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin ?”

La femme répondit au serpent(ὄφις) : nous mangeons du fruit des arbres du jardin. Mais quant au fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : vous n’en mangerez point et vous n’y toucherez point, de peur que vous ne mouriez.

Alors le serpent dit à la femme : vous ne mourrez point ; mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux (ὀφθαλμοί) s’ouvriront, et que vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal (ἔσεσθε ὡς θεοὶ γινώσκοντες καλὸν καὶ πονηρόν).

La femme vit que l’arbre était bon à manger et agréable à la vue, et qu’il était précieux pour ouvrir l’intelligence ; elle prit de son fruit, et en mangea ; elle en donna aussi à son mari, qui était auprès d’elle, et il en mangea. Les yeux de l’un et de l’autre s’ouvrirent, ils connurent qu’ils étaient nus, et ayant cousu des feuilles de figuier, ils s’en firent des ceintures.

Alors ils entendirent la voix de l’Éternel Dieu, qui parcourait le jardin vers le soir, et l’homme et sa femme se cachèrent loin de la face de l’Éternel Dieu, au milieu des arbres du jardin. Mais l’Éternel Dieu appela l’homme, et lui dit : où es-tu ?

Il répondit : j’ai entendu ta voix dans le jardin, et j’ai eu peur, parce que je suis nu, et je me suis caché.

Et l’Éternel Dieu dit : qui t’a appris que tu es nu ? Est-ce que tu as mangé de l’arbre dont je t’avais défendu de manger ?

L’homme répondit : la femme que tu as mise auprès de moi m’a donné de l’arbre, et j’en ai mangé.

Et l’Éternel Dieu dit à la femme : pourquoi as-tu fait cela ? La femme répondit : le serpent m’a séduite, et j’en ai mangé.

L’Éternel Dieu dit au serpent : puisque tu as fait cela, tu seras maudit entre tout le bétail et entre tous les animaux des champs, tu marcheras sur ton ventre, et tu mangeras de la poussière tous les jours de ta vie.

Je mettrai inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité : celle-ci t’écrasera la tête, et tu lui blesseras le talon.

Il dit à la femme : j’augmenterai la souffrance de tes grossesses, tu enfanteras avec douleur, et tes désirs se porteront vers ton mari, mais il dominera sur toi.

Il dit à l’homme : puisque tu as écouté la voix de ta femme, et que tu as mangé de l’arbre au sujet duquel je t’avais donné cet ordre : tu n’en mangeras point ! Le sol sera maudit à cause de toi. C’est à force de peine que tu en tireras ta nourriture tous les jours de ta vie, il te produira des épines et des ronces, et tu mangeras de l’herbe des champs.

C’est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, jusqu’à ce que tu retournes dans la terre (γῆν), d’où tu as été pris ; car tu es poussière (γῆ), et tu retourneras dans la poussière (γῆν).

Gen. 2, 17-3.19

Le serpent promet bien aux hommes d’être l’égal des dieux, et sans doute que le pouvoir que donne ce genre de connaissances permet à certains individus d’accéder à des réalités cachées au reste des hommes, comme le promet toute initiation ésotérique.

Une rescapée d’abus rituels et de la programmation MK dans un cadre gouvernemental et militaire témoigne aussi et partage cet avis :

En raison du fait qu’il [le chef du contre-espionnage l’ACI] savait peut-être que je fréquentais une église chrétienne chaque semaine, il a utilisé le contenu du Nouveau Testament pour m’apprendre à élargir ma conscience. Il a commencé ma programmation mentale en me citant les paroles de Jésus-Christ : “Vous ferez de plus grandes œuvres que celles que j’ai faites”… avec nos esprits, ajoutait-il. [Il m’a alors appris que le plus grand mur empêchant les gens d’accéder à leurs facultés psychiques naturelles pour les utiliser, était leur conviction qu’ils ne le pouvaient pas ou qu’ils ne devaient pas le faire. Il m’a appris que si je contournais ce blocage mental, je pourrais faire ce que je veux avec mon énergie psychique. Selon lui, je pouvais même déplacer une montagne par la télépathie aussi longtemps que j’aurais la croyance de pouvoir le faire. (…) Il disait que le cerveau humain a un potentiel que nous n’avons même pas encore commencé à exploiter et il m’encourageait à l’utiliser autant que possible. D’autres programmateurs MK ont aussi conditionnés mes alter Theta à croire qu’ils pouvaient lire les pensées des autres, à communiquer par télépathie et à effectuer de la vision à distance. (…) Si ces capacités sont légitimes, alors je ne pense pas qu’elles soient autre chose qu’une faculté naturelle. Cependant, je pense qu’elles peuvent être considérées comme faisant partie du fruit défendu mentionné dans le livre de la Genèse, car une personne les utilisant pourrait facilement se prendre pour un Dieu. J’ai choisi de ne plus utiliser ma programmation Theta, non par crainte des démons, mais parce que je veux simplement respecter l’intégrité mentale, émotionnelle et physique d’autrui.

Lebreton 2016, p. 396-397, citant Kathleen Sullivan, Unshakled : A survivor Story of Mind Control [2003], Dandelion Books, p. 66-67.

Au-delà des raisons altruistes de ne pas utiliser les facultés (sur-)naturelles comme le rappellent toutes les histoires de pactes avec le Diable comme la légende de Faust, cela a toujours un prix : dans tout ce que j’ai vu et lu pour le moment, la personne douée de pouvoir a dû être violentée et passer par des épreuves traumatiques et notamment dans la petite enfance, entre deux et 12 ans. Ou connaître une expérience de mort imminente. Dans tous les cas, il n’y a rien de sain, doux et bienveillant. L’Inquisition chassait les sorcières, magiciens et hérétiques ésotéristes1., non par pur désir de tout diriger et de se garder un monopole total sur la société ; comme on peut le penser un peu facilement, mais parce que cela n’apporte que du malheur à la communauté à long terme.

De même, lorsque Dieu disperse les hommes qui voulaient toucher le ciel avec leur Tour de Babel2, il me semble bien qu’il le fait pour le bien de l’Homme.

Toute la terre avait une seule langue et les mêmes mots.

Comme ils [Nimrod et son peuple ? Toutes les familles des fils de Noé ?] étaient partis de l’orient, ils trouvèrent une plaine au pays de Schinear, et ils y habitèrent. Ils se dirent l’un à l’autre : allons ! faisons des briques, et cuisons-les au feu. Et la brique leur servit de pierre, et le bitume leur servit de ciment. Ils dirent encore : allons ! bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet touche au ciel, et faisons-nous un nom, afin que nous ne soyons pas dispersés sur la face de toute la terre.

L’Éternel descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les fils des hommes. Et l’Éternel dit : voici, ils forment un seul peuple et ont tous une même langue, et c’est là ce qu’ils ont entrepris ; maintenant rien ne les empêcherait de faire tout ce qu’ils auraient projeté.

Allons ! descendons, et là confondons leur langage, afin qu’ils n’entendent plus la langue, les uns des autres. Et l’Éternel les dispersa loin de là sur la face de toute la terre ; et ils cessèrent de bâtir la ville. C’est pourquoi on l’appela du nom de Babel, car c’est là que l’Éternel confondit le langage de toute la terre, et c’est de là que l’Éternel les dispersa sur la face de toute la terre.

Gen. 11, 1-9

Plus loin dans la Bible, Yahvé interdit aux Juifs toute adoration d’idoles ou de pratiques mortifères, qui sans doute devaient conférer aux individus, via des traumatismes, des pouvoirs indéniables. La Bible est ainsi pleine d’esprits, d’entités suprahumaines et de nécromanciens, et peut-être tout ceci n’est-il pas aussi symbolique que je ne le croyais, tous les mages et sorciers évoqués n’étant pas que des charlatans, des fous ou des croyants de “fausses religions” qui imagineraient ce qu’ils prétendent voir. Soit. Mais Dieu prohibe tous ces savoirs de l’Orient babylonien ou cultes égyptiens, ces drogues, ces rites et techniques, et logiquement, à sa suite, l’Église, si elle admet le mystère (la présence de Dieu – qui est problématique), refuse les sociétés secrètes et occultes qui transmettent tous ces rites et techniques de génération en génération.

Jésus, quant à lui, ne se sert jamais d’aucun pouvoir (ses miracles) autrement que pour montrer qu’il en a et qu’il pourrait les utiliser. Aussi est-ce pourquoi, outre les morts qu’il ressuscite et exorcise, il ne fait jamais que des choses futiles comme lors des noces de Cana.  

Les miracles des apôtres sont plus ambigus. Ils le font au nom de Jésus et par le Saint Esprit, mais ils justifient tout de même l’existence d’une forme de magie blanche… cela dit, ils refusent de répondre à Simon (le Magicien) lorsque celui-ci veut apprendre leur secret :

Simon lui-même crut, et, après avoir été baptisé, il ne quittait plus Philippe, et il voyait avec étonnement les miracles et les grands prodiges qui s’opéraient. […] Lorsque Simon vit que le Saint Esprit était donné par l’imposition des mains des apôtres, il leur offrit de l’argent, en disant : accordez-moi aussi ce pouvoir, afin que celui à qui j’imposerai les mains reçoive le Saint Esprit.

Mais Pierre lui dit : que ton argent périsse avec toi, puisque tu as cru que le don de Dieu s’acquérait à prix d’argent ! Il n’y a pour toi ni part ni lot dans cette affaire, car ton cœur n’est pas droit devant Dieu.

Actes des apôtres 8, 13-21

Jésus remplace le sacrifice humain par le sacrifice (politique et social) de sa propre vie, prenant du pain et du vin symboliques pour remplacer des rites ‘sataniques’ où de la vraie chair et du vrai sang (en plus d’excréments, d’urine et autres horreurs au milieu de rites sexuels et de musique) sont utilisés, depuis la nuit des temps jusqu’à aujourd’hui. Il me semble que lui aussi réitère, non plus sous forme de peine de mort, mais de conseil appuyé, l’interdiction de toucher aux dimensions qui nous dépassent, laissant les vivants avec les vivants, les morts avec les morts et le subtil aux entités que nous ne pouvons maîtriser.

Il me semble que toutes les fictions mettant en scène des sorciers ou des gens doués de pouvoir, montrent bien que cette connaissance est destructrice et agit comme une drogue qui consume l’être qui s’y adonne. Sauf qu’il n’y a peut-être pas de Force et de Côté Obscur, comme dans La Guerre des étoiles, mais d’un côté l’acceptation de ses limites et le respect de l’ordre hiérarchiques des êtres (où nous sommes plus que les animaux mais moins que des êtres supérieurs) et de l’autre côté celui qui veut se croire ange et dont les ailes brulent dès qu’il s’approche trop près du soleil. « L’homme n’est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête. »3 Le Golem échappe au rabbin Loebe. Et peut-être qu’une des stratégies de Lucifer est de faire croire à certains qu’ils sont des élus, jouant sur notre indomptable narcissisme, leur disant qu’ils pourront guérir les gens alors qu’au final ils ne font que le mal et livreront leur âme au Diable, en même temps.4 La curiosité tue aussi, comme on le trouve dans les contes juifs sur Lilith, qui paraissent être des mises en garde contre les pratiques magiques des kabbalistes, autant que contre les sociétés à rites cachés et atroces.

D’ailleurs, personne dans l’Église ne prétend posséder de pouvoirs, sinon celui – conféré par Jésus – d’annuler le pouvoir des êtres séducteurs qui ont tenté des humains, même si, certes, l’Église Catholique est ambigüe avec la notion de saints et c’est bien un point qui me gêne chez elle.

Reste la question politique. Si ‘Lucifer’ est en train de gagner sur la voie de la technologie et que des surhommes trans- puis post-humains sont en passe de régner sur des machines pendant que ceux qui refuseront ce monde seront sortis de l’Histoire puis rayés de la carte, peut-on s’en sortir par l’usage scientifique de ces pouvoirs occultes, ou au final n’est-ce pas se servir de la main gauche du Diable pour lutter contre sa main droite, finissant toujours écrasés dans ses mains ? Lucifer refera-t-il l’Éden pour ces quelques élus qui l’ont écouté ou Dieu reviendra-t-il produire un nouveau déluge où seuls les Noé (Gen 6), Abraham (Gen 18) ou les Job seront épargnés ? Serons-nous écrasés d’avoir suivi le Dieu mauvais et de n’avoir pas sauté le pas dans l’arche historique de Lucifer, qui est le dieu bon, porteur de Lumière, comme le pensent les gnostiques ? S’il est impossible de lutter contre Lucifer ni d’un moyen ni de l’autre, sont-ce les décroissants qui ont raison : faut-il simplement sortir de l’Histoire dans un coin du monde sans chercher à arrêter quoi que ce soit, nous contentant de vivre sainement et d’imaginer que la mort ne sera rien pour nous, qui aurons fait le pari de croire et de faire confiance dans le message que nos ancêtres nous ont laissé il y a 2000 ans et qui a fait peu à peu le pays dans lequel nous vivons ? Serons-nous sauvés si, tels Job, nous faisons confiance à Dieu, dormant dans la barque de l’Histoire et ne cessant de croire en Lui ?

Dans le doute, je suivrai Descartes5 : il faut prendre le parti de ses parents et de son pays. Si on se trompe au moins ne sera-t-on pas séparé des siens et nous tomberons ensemble, en s’aimant les uns les autres. Et que nous ayons été ici, des roseaux doutant qui se sont serrés les coudes jusqu’au bout, personne ne nous l’enlèvera !

Photo d’entête : “Innocence?” par Amy

B.O.B. : “Flames” par BOY

Notes

  1. Même si cette institution était surtout dirigée contre les marranes qui, eux, veulent assurément du mal à la Chrétienté.
  2. Projet en voie d’aboutir en l’an 2040 – 6000 chez les juifs et francs-maçons, avec cette facette politique de l’eschatologie luciférienne qu’est le mondialisme ?
  3. Blaise Pascal, Pensées, art. VII.
  4. Se souvenir des leçons de Retour à Brooklyn ou L’effet papillon : qui fait le malin tombe dans le ravin et qui croit améliorer le monde en jouant les apprentis-sorciers détruit au final ceux qu’il voulait aider.
  5. Du moins le Descartes officiel, celui qui est masqué et sans doute proche des rosicruciens, je ne le connais pas encore.
(PdB) Écrit par :