Pour Clémentine, il y a longtemps

Il faut parler franchement des fois.

Je sais qu’on aime toujours plaire, et que, quel que soit l’intérêt qu’on peut avoir pour une autre personne c’est toujours flatteur de se sentir désiré(e). Rassure-toi sur ton pouvoir de séduction, j’ai l’air froid comme ça et distant, mais tu ne me laisses pas insensible. Tu es une fille sérieuse, qui a besoin de quelqu’un de solide et de présent, tu n’es pas du genre à qui on propose des aventures sans surlendemains. Je ne me suis jamais demandé si je pourrais ou voulais devenir ta « moitié d’orange » (la media naranja), comme disent les Espagnols, ou de clémentine en l’occurrence, car j’ai la réponse : je ne pourrais rien t’offrir de ce que je pense tu recherches, dès lors que je sauterai dans le prochain avion qui me mènera hors d’Europe. J’ai fait le choix de ne penser qu’à mener ma vie comme il faut que je la poursuive, avec ses méandres, pour qu’elle puisse me convenir. Je n’ai fait que perdre leur temps aux femmes que j’ai aimées, je ne serai qu’un vagabond pendant quelques années qui refuse de se laisser piéger dans les enclos des sentiments. On s’y prend les pieds et on tombe.

Je suis debout, j’ai assez trinqué. Et je ne joue avec personne, surtout pas avec des filles comme toi, qui sont entières. Non pas que je mépriserai les éventuelles passagères éphémères de mes nuits, s’il s’en présente, mais je m’assurerai que nous nous sommes compris.

C’est toujours un plaisir de partager des moments avec toi. Je reste pour le moment celui grâce à qui tu gagnes au billard (oui, oui, tu me dois tout, sache-le !) et qui, j’espère, te battra bientôt au badminton à notre prochain match en simple ! J’y travaillerai… Tu reviens pour une session-lecture quand tu veux, tant que le soleil nous fera la grâce de sa douce présence et que le vent aura la bienséance de rester chez lui puisqu’on ne l’a pas invité. Tu es une fille vraiment bien, et comme nous sommes de sexes opposés, il vaut mieux crever les non-dits qui naissent toujours de ce fait, même si c’est peut-être superflu et que je risque ici un « mais pour qui il se prend ». Ce n’est pas très grave, des baffes j’en prendrai, et je dois même apprendre à donner quelques coups de griffes dans la vie puisque j’ai choisi de mener quelques combats qui me démangent, plutôt qu’une vie tranquille et plus linéaire.

Voilà, je voulais te dire ça, ça n’appelle pas de réponse.

Bises.

PS : quand tu es partie, il restait encore un peu de ton parfum dans mon petit gite. Je l’aime bien, cette petite touche de féminité olfactive persistante au milieu de mon univers de célibataire pas encore endurci mais qui se prépare à l’être, n’était pas désagréable. Elle s’est estompée et sera remplacée d’ici quelques dizaines de minutes par une odeur de cuisine. Que les petits plaisirs de la vie sont évanescents !

[#Des lettres qu’on ne se souvient plus avoir envoyées ou pas]

B.O.B.

Clémentine
Oui, bon, on a tous eu une jeunesse …