Quelque chose tombe, si lentement…

Je suis le chevalier d’une croisade qui n’a pas lieu. Je suis le combattant d’une armée qui ne se forme pas. Je vois mon pays être détruit et personne ne se battre.

Nous allons perdre sans même nous être rebellés.

Je suis au milieu d’un lent suicide assisté – les gens ont élu leurs tortionnaires et maintenant ils acceptent qu’ils les détruisent, pourvu que ce soit à petit feu, sans trop les humilier ouvertement, en prenant des gants et mettant les formes.

Je crois que je préférerais encore prendre le risque de la guerre civile que de me noyer dans la flaque de notre lâcheté.

Quelque chose tombe, si lentement qu’on n’en voie plus le mouvement et qu’on n’entend même pas le bruit. Le plus triste sera le moment où les débris seront ramassés et qu’on ne se souviendra même pas qu’il y avait quelque chose de grand à se souvenir, comme l’Europe, la France ou notre humanité.