Si tu croises un dandy

Si tu croises un dandy dans la rue, casse-lui la gueule. Le pauvre s’ennuie tellement, obligé de s’ingénier comme il peut à s’extraire de la masse, qu’il faut bien lui offrir une chance de trouver sa vie potentiellement aventureuse et pleine de rebondissements… S’il lit Sade, Bataille ou Lacan, kidnappe-le et fais-lui subir tous les sévices qui te passent par la tête en lui annonçant méthodiquement ce que tu vas lui infliger, avec une précision d’horloger suisse et une réalisation pointilleuse les sévices infligées à la marquise de Saint-Ange dans La Philosophie dans le boudoir, pour la venger, par féminisme. Même s’il parait que ce texte est féministe. Dans le doute cogne ; si l’Enfer existe on t’y accueillera avec respect. Et puis fais-lui manger, à cette racaille du Verbe, des livres de Derrida (les plus chers, ceux qu’on ne trouve que dans la collection Epiméthée de PUF), de la poésie Rive gauche et un dictionnaire jusqu’à ce qu’il vomisse cette logorrhée pensationnelle, ces phrases et tous les mots qu’il emprunte à la langue française pour se masturber l’esprit devant tout le monde et pour le plus grand plaisir des élites cultivées, ces vendeurs de poisons immatériels.

Parle-lui un peu philosophie entre deux humiliations, expose-lui les idées de Bourdieu, frappe-le avec avec La recherche du temps perdu jusqu’à ce qu’il perde des dents connaissance. Relâche-le dans un égout avec les Fleurs du Mal pour qu’il devise un peu sur la beauté du “noir”, cher à Annie Le Brun. Rassure-toi : il trouvera peut-être même quelque chose de terriblement esthétique à cette violence gratuite et soudaine, cet abruti livresque.

… Écouter France Culture procure parfois en moi des élans ravageurs, un anti-intellectualisme primaire, des envies de révolution prolétarienne et d’autodafés juste pour faire chier, l’envie d’aller mettre le feu au Ministère de la Culture et de souiller, en bon cynique, les studios radiophoniques de la Gauche caviar. Et une petite baffe après tout… Avoir des idées (des fois mêmes intéressantes) et les exposer avec une telle lubricité auto-satisfaite, c’est révoltant. Aller brûler les mots dans leur bouche, ce serait encore une façon de les sauver.

Bande-son de la bulle : « Je suis snob » de Boris Vian

Photo d’entête : « Cyclonudistes (18) – 07Jun08, Paris (France) » par philippe leroyer

(PdB) Écrit par :