Un été 2020

C’était un été 2020. On avait eu bien peur. On avait eu la rage. On s’accordait un peu de repos avant d’avoir la rage, plus encore, et de faire changer la peur de camp.

On se disait qu’il y avait longtemps que l’on avait plus lu de poésie, ni même pensé à en écrire, que cela paraissait incongru, bourgeois, aristocrate, coupable. On n’arrivait même plus à acouter de ma musique sans se dire qu’on perdait notre temps. On se disait qu’ils nous avaient volé cette innocence, ce droit à peser les pieds dans l’eau pour compter ceux d’un ver, et puis un verre ou deux encore et se laisser à ne penser à rien d’autre qu’au bonheur.

On se disait qu’un bon poing dans la gueule ne ressusciterait pas nos poèmes avortés mais qu’il faudrait bien un jour qu’on fasse de la poésie avec des lames et qu’on se souvienne de nous comme hommes dépossédés plutôt que comme bêtes enragées.

Nous nous voulions juste, cette année, qu’un long été nous transperce et que le temps s’arrête un moment, que les jours se dilatent, qu’on profite des joies d’Aphrodite, sans même avoir à craindre le temps des gaz, des cris, des drapeaux qu’on abat pour les remplacer par des plus beaux,

J'arracherai tes drapeaux
Comme on se fait la peau
La police, la poésie, la … 

Non. Ce sera un été comme une grande inspiration. Et puis ou on respire ou on expire.

B.O.B. : “I am the Spring” et “Release me now”– Morcheeba

Photo d’entête : « Couleurs d’été » par OrelyG3

(PdB) Écrit par :